Eco-quartier du Fort d'Issy-Les-Moulineaux (Hauts de Seine)

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Système géothermique installé : 
Réseau ou micro-réseau de chaleur urbain

Doublet dans l’Albien pour l’écoquartier du Fort d’Issy-les-Moulineaux

- Cet article est extrait du bulletin la géothermie en France n°12, janvier 2013 - 

La reconversion urbaine du Fort d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) en un écoquartier high-tech et écologique, prône des innovations omniprésentes non seulement sur le plan numérique, mais aussi énergétique, grâce à la géothermie qui fournira 78 % des besoins en énergie calorifique.

Un cyber-quartier HQE, labellisé Ecopolis

Sur le site historique du fort d’une superficie de 12 hectares, acquis par la ville d’Issy-les-Moulineaux en 2006, l’écoquartier « fortdissy.com » accueillera, à partir de 2013, 1 600 logements (dont 330 logements sociaux) regroupés dans 18 immeubles sur une surface totale de plus de 100 000 m², des commerces (1 600 m²) et divers équipements (deux écoles, un verger de 4 hectares, une crèche, une piscine, …).

Ce nouveau quartier résidentiel conjuguera nouvelles technologies et qualité environnementale : intranet de quartier, logements connectés à la fibre optique, systèmes domotiques élaborés, chauffage par doublet géothermique à boucle d’eau tempérée, collecte pneumatique des déchets, voitures en autopartage, …

Véritable cyberquartier à haute qualité environnementale, il a reçu le label Ecopolis imaginé par la Commission Attali en 2007, en tant que réalisation intégrant technologies vertes et technologies de communication. Les immeubles conçus avec une approche bioclimatique, sont des bâtiments basse consommation (BBC) parfaitement adaptés au chauffage par géothermie basse-température.

Premier doublet dans la nappe de l’Albien pour le chauffage d’immeubles

Le chauffage des bâtiments et la fourniture d’eau chaude sanitaire (ECS) sont assurés par un réseau de chaleur géothermique, comportant deux puits creusés à plus de 600 mètres de profondeur pour atteindre l’aquifère de l’Albien d’âge Crétacé inférieur. Cette nappe rendue célèbre par le puits artésien de Grenelle qu’elle alimentait à Paris, est exploitée depuis 1963 pour le chauffage de la Maison de Radio France, opération pionnière en France. Située aux alentours de 600 mètres de profondeur dans cette partie du sous-sol de l’Ile-de-France, l’Albien présente une température proche 30 °C, idéale pour les réseaux de chaleur basse-température, comme celui du Fort d’Issy.

La société Dalkia qui exploite la moitié de la trentaine d’installations géothermiques opérationnelles en Ile-de-France, a été chargée de réaliser cette opération géothermique et d’en assurer l’exploitation pendant 25 ans. C’est le premier doublet pour le chauffage de logements qui est réalisé dans cet aquifère.

A près de 650 mètres, le forage dit de « production » puise l’eau de la nappe à une température de 28 °C, grâce à une pompe équipée d’un variateur de vitesse et immergée à 120 m de profondeur. Avec un débit maximum de 200 m3/h et un débit annuel moyen de 65 m3/h, l’eau remonte à la surface dans un échangeur à plaques installé dans une sous-station d’échange dite « primaire ».

Après avoir transmis ses calories, l’eau de l’Albien est renvoyée en totalité à une température de l’ordre de 13 °C par le puits dit de « réinjection » profond de 635 m, soit une valorisation de 15 °C. Il a été dévié pour permettre, en fond de puits, un écartement suffisamment loin du forage de production,  à une distance de 580 m, pour éviter un recyclage thermique.

Les forages ont été réalisés en veillant à la parfaite étanchéité des puits, pour éviter tout risque de pollution. De plus, l’intégralité de l’eau pompée dans la nappe est réinjectée sans altérer sa qualité, ni modifier sa composition.

Comme l’indique Emmanuel Prod’Homme, directeur des grands projets Dalkia Ile-de-France :

« il n'y a pas plus renouvelable que la géothermie. C'est une énergie locale, disponible à tout moment. Elle est non-polluante puisque la qualité de l'eau est préservée par un circuit fermé, donc sans contact avec l'extérieur. Avec la réinjection de l'eau en totalité dans la nappe, elle constitue également une énergie inépuisable ».

Des pompes à chaleur au pied de chaque immeuble

Autre innovation, le réseau fermé dit boucle d’eau tempérée à 28 °C, alimente une série de sous-stations équipées de pompes à chaleur (PAC) eau/eau situées au pied de chaque immeuble. Ces pompes à chaleur portent alors l’eau circulant dans les planchers chauffants des immeubles à 35 °C, et celle alimentant les réseaux d’eau chaude sanitaire à 60 °C. Au total, il y aura une soixantaine de PAC, à raison de deux PAC par immeuble, une pour le chauffage et l’autre pour l’ECS.

« Plutôt que d’avoir une seule pompe à chaleur centralisée, nous avons préféré un dispositif qui permette de limiter au maximum les déperditions thermiques sur le réseau et qui sépare l’alimentation des planchers chauffants de la production d’ECS », explique Jérôme Longuemare, chef de projets Dalkia Ile-de-France.

Résultat : l’efficacité énergétique est maximale, avec un taux de couverture par la géothermie qui atteint 78 %, évitant ainsi chaque année, l'émission de 2 000 tonnes de CO2, sans aucun rejet atmosphérique.

Les bâtiments sont équipés d’émetteurs basse-température (panneaux de sol), qui offrent de meilleurs rendements que les radiateurs classiques haute-température. Une chaufferie d’appoint au gaz d’une puissance inférieure à 2 MW sera installée au niveau de l’école du Fort pour secourir le doublet et apporter un appoint éventuel en période de pointe.

Développer les réseaux de chaleur basse-température

Soutenu par l’ADEME, ce projet se veut exemplaire et doit servir de modèle pour d’autres opérations innovantes, notamment dans la partie ouest du bassin parisien. L’Agence souhaite en effet encourager la récupération de l’énergie des nappes « intermédiaires » que sont l’Albien et le Néocomien par exemple – et non plus seulement la nappe profonde du Dogger –, afin de permettre à un plus grand nombre de foyers franciliens de se chauffer grâce à la géothermie.

Comme le rappelle Stefan Louillat, responsable du pôle énergie de l’ADEME Ile-de-France :

« même avec des taux de couverture inférieurs à ceux obtenus à partir de l’aquifère du Dogger, des nappes moins profondes peuvent alimenter des réseaux basse-température. Grâce aux politiques d’efficacité énergétique développées et la réglementation thermique sur les bâtiments basse consommation (BBC), un projet géothermique a un effet levier vertueux sur son environnement, puisque le besoin en chaleur sera moindre et le forage géothermique pourra alimenter les zones périphériques ».

Adresse : 
Fort d'Issy
Rue du Fort
92130 Issy-les-Moulineaux
France

Fiche opération réseau de chaleur de l'eco-quartier du Fort numérique d'Issy les Moulineaux (Hauts de Seine)

Fiche opération réseau de chaleur de l'éco-quartier du Fort numérique d'Issy les Moulineaux (Hauts de Seine)